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Le blog

14 03

Alors que la situation des abeilles en Europe devient de plus en plus préoccupante avec près de 30% de taux de mortalité, Treez se mobilise et confie son blog à La Vache se Lâche : l’intrépide bovin est parti mener l’enquête. Contact pris auprès de Justine – jeune apicultrice de 25 ans – elle interviewe aujourd’hui Queen Bee, la reine d’une des ruches…

Ambiance décontractée, antennes à peine coiffées, Queen Bee me reçoit dans son antre. On sent que cela fait quelques mois que la reine n’est pas sortie de sa colonie… 

La Vache se Lâche – Comment ça va aujourd’hui ? 

Queen Bee – Pas trop mal. L’hiver touche à sa fin, on est pas mécontentes. Hiverner c’est sympa mais à la longue on s’ennuie un peu. A force d’être enfermées en permanence, ça commence à sentir le bouc dans la colonie… Ce sera un soulagement pour tout le monde de sortir se dégourdir. Et puis j’ai hâte de me remettre à pondre, c’est vraiment ma passion.

LVSL – Hiverner ? Moi je connais hiberner. C’est pareil ?

Queen Bee – Non, nous on ne dort pas. Juste, on se repose parce qu’il fait trop froid dehors. De novembre à mars, à l’intérieur de la ruche, on vit au ralenti et on recharge les batteries pour l’arrivée du printemps.

LVSL – Ah oui, je vois. Vous vous posez dans un canapé avec un plaid en polaire sur les pattes et vous regardez Netflix en mangeant des coquillettes. Je fais pareil, je connais bien l’hivernation. Vous avez le chauffage dans la ruche ?

Queen Bee – On a mieux : on ventile. On se met toutes en grappes – enfin toutes, moi je les regarde vu que je suis leur cheffe – et on bat des ailes très vite. Ca permet d’avoir une température entre 15 et 20°C à l’intérieur de la colonie. C’est parfait. Quand je ponds, je leur demande de ventiler un peu plus fort histoire de monter à 25°C voire 28°C…

LVSL – Vous faites un peu votre loi, j’ai l’impression…

Queen Bee – En même temps, je suis leur mère à toutes. Une colonie d’abeille c’est 50 000 individus. Pour moi, c’est un boulot monstre donc j’estime mériter mon statut privilégié.

LVSL – 50 000 abeilles… Mais alors vous vous reproduisez 50 000 fois ?

Queen Bee – Non, j’ai optimisé, je fais tout le même jour. Ca s’appelle le vol nuptial. En gros quand j’ai entre 7 et 15 jours, je décolle pour être fécondée et là, je monte à plus de dix mètres de haut dans le ciel pour donner le signal que je suis fin prête : il y a alors entre 15 et 27 mâles qui me tombent sur le paletot. Ils n’attendent que ça. Une fois que tout ce beau monde a fait son travail, je stocke le butin dans une spermathéque très bien organisée : c’est pratique, comme ça j’ai tout sur moi et je m’en sers quand je veux.

LVSL – C’est à dire, vous vous en servez comment ?

Queen Bee – Et bien, quand je veux faire un mâle, je n’utilise pas la spermathèque. Je ponds juste comme ça. Par contre, quand je veux faire une femelle, je pioche dans la spermathèque. Et je fais ça 2000 fois par jour… pendant 5 ans.

LVSL – Et vous pondez plutôt des mâles ou des femelles ?

Queen Bee – Plutôt des femelles ! Sur ces milliers d’individus, il n’y a que quelques centaines de mâles…

La vache qui se lâche blog abeille treez

LVQSL – C’est un drôle de boulot quand-même… Mais comment ça vous est tombé dessus, d’être reine ?

Queen Bee – En fait on devient reine quand on a été nourri exclusivement avec de la gelée royale depuis qu’on est larve. C’est mon cas. Mais le statut de reine des abeilles est plutôt précaire : il faut bien comprendre que je serai remplacée sans sommation par les miennes quand elles estimeront que je ne ponds plus assez…

LVSL – Comment peuvent-elles vous remplacer ?

Queen Bee – Et bien en décidant d’élever une autre reine : elles vont choisir une larve femelle et la nourrir exclusivement de gelée royale. 10 jours plus tard, ma remplaçante verra le jour et voudra me mettre à la porte. Comme elle sera plus jeune et moins fatiguée, elle y arrivera…

LVSL – Tu quoque mi fili… C’est dur quand-même.

Queen Bee – Du calme avec votre anthropomorphisme. Elles assurent la survie de la colonie, c’est normal. Surtout que la vie d’une abeille est un combat de tous les jours depuis une trentaine d’années : on cumule les embêtements. Le pire, c’est les pesticides, surtout les néonicotinoïdes qui dérèglent notre système nerveux central. Les filles sont complètement perdues, elles ne retrouvent plus le chemin de la ruche. Et puis il y a la monoculture… Des champs à perte de vue, toujours la même chose, aucune diversité. C’est comme si vous n’aviez que du chou rave dans votre frigo pendant toute l’année, c’est complètement déprimant et puis ça génère des carences énormes… Mais nous, on a de la chance avec Justine qui est une apicultrice pastorale : on transhume.

LVSL – Ca ressemble à quoi, une transhumance d’abeilles ?

Queen Bee – Pas besoin de chien de berger. Il faut juste qu’ils bougent la ruche très discrètement pendant qu’on dort. Donc ils travaillent la nuit et nous quand on se réveille, on est dans un nouvel endroit. Plutôt sympa, ça nous fait voir du pays : des chouettes forêts entre Lille et Paris, la Sarthe pour la ronce et le châtaignier, l’Ardèche pour la lavande… L’Ardèche ça me plait bien, l’hivernage dure moins longtemps puisqu’il y fait meilleur que dans le nord : on peut sortir plus tôt.

LVSL – Moi aussi j’adore l’Ardèche. C’est fou tous ces points communs entre nous. Vous ne voudriez pas me faire de la place dans votre ruche ?

Queen Bee – Déjà, tu es une vache donc ça n’ira pas. De deux, on aime pas trop les étrangères d’une façon générale donc tu vas te faire bizuter. De trois, tu sais te battre contre le frelon asiatique ?

LVSL – Je suis sortie avec un prof de Krav Maga il y a longtemps… Ca suffira ?

Queen Bee– Je crains que non. Nous-même n’arrivons pas à nous défendre. Cela fait trop peu de temps que les abeilles françaises sont confrontées au frelon asiatique, on n’a pas encore bien compris comment faire. Nous essayons de le piquer mais ça ne sert à rien et ça nous fait crever. Les abeilles chinoises, elles, sont plutôt combatives ! Elles se regroupent autour du frelon et ventilent comme des dingues jusqu’à faire monter la température à 45°C et paf, ça grille le frelon. J’ai entendu parlé d’un laboratoire qui veut organiser des formations pédagogiques : ils vont nous faire rencontrer des essaims d’abeilles chinoises pour qu’elles nous forment…

LVSL – Vous avez beaucoup de nouveaux prédateurs ?

Queen Bee – On a un petit nouveau qui nous arrive d’Italie en ce moment, le Aethina Tumida. Un coléoptère stupide qui pond dans notre ruche et fait ses besoins dans notre miel. Le genre de potes que tu n’invites pas pour l’apéro… Et toujours ce fichu Varroa, un acarien qui nous parasite et pour lequel les apiculteurs nous traitent aux huiles essentielles.

LVSL – C’est vrai que vous êtes gâtées… Comment pourrait-on vous venir en aide ?

Queen Bee – Il existe des initiatives qui soutiennent les apiculteurs : Un toit pour les abeilles est l’une d’elles. Grâce au parrainage, une aide substantielle est apportée pour soigner les colonies existantes et en créer de nouvelles. En plus, ils sélectionnent leurs producteurs avec attention pour s’assurer de leurs bonnes pratiques. Treez est partenaire de cette initiative : en achetant un bracelet Bee Happy, vous parrainez 100 d’entre nous !

LVSL – D’ailleurs, à propos des apiculteurs, ça ne vous dérange pas qu’ils vous piquent votre miel ?

Queen Bee – Non, parce qu’ils nous en laissent plein. Ils en récoltent environ 20kg, ce qui fait qu’il nous en reste 5 ou 6kg : c’est largement suffisant pour nous. En échange, ils nous soignent, nous fournissent un toit pour l’hiver. Sans eux, on tient environ 3 jours dans la nature. Donc c’est plutôt satisfaisant.

LVSL – Je pense qu’on a fait le tour. Est-ce que vous voulez ajouter quelque chose ?

Queen Bee – Oui. Je ne veux plus qu’on me confonde avec une guêpe. Une guêpe, c’est omnivore, c’est pour ça que vous la retrouvez tout le temps sur votre tranche de jambon quand vous mangez en terrasse. Une abeille ne mange que du pollen et du nectar. J’espère que c’est bien clair cette fois.

LVSL – C’est limpide. J’ai une dernière petite demande : une petite interprétation de Single Lady…

Queen Bee – Non.

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A propos du miel en France…

Les Français adorent le miel : 40 000 tonnes consommées par an dans l’hexagone ! Malheureusement, les mauvaises cuvées comme celle de 2014 où seulement 9000 tonnes de miel ont été récoltées – contre 35 000 tonnes en moyenne il y a 30 ans – ont fini de mettre sur la paille nombre d’apiculteurs et de décourager les installations… Pour répondre à la demande, on fait venir le précieux nectar d’un peu partout, notamment d’Espagne et d’Asie. Enfin, ce qu’on fait venir c’est surtout une sorte de sirop de glucose sans foi ni loi… Vous êtes prévenus, vérifiez les étiquettes !

 

 

Vous voulez soutenir cette cause ? Rendez-vous sur le site de Treez pour acquérir un bracelet qui parraine 100 abeilles en partenariat avec Un toit pour les abeilles.

 

 

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